Quentin Dequiret, l’avocat Down Under
Nous avons eu le plaisir d'échanger avec Quentin Dequiret, avocat français en Australie, qui a accepté de partager avec nous son parcours et son expérience de requalification, à l’occasion de son admission à la Cour Suprême du New South Wales à Sydney le 21 mars 2025.
Q. Pouvez-vous nous présenter rapidement votre parcours ?
Mon parcours universitaire a débuté par une prépa ENS Cachan en droit, suivie d’un programme franco-allemand avec l’Université Panthéon-Assas. J’ai ensuite complété deux LL.M. à la Ludwig-Maximilians-Universität de Munich, l’un en droit allemand et l’autre en droit européen des affaires. Entre ces deux Masters, j’ai préparé l’examen du Barreau en parallèle de mon Master 2 à Munich, avant d’intégrer l’École de Formation du Barreau.
J’ai entamé ma carrière à Paris avant d’exercer plusieurs années à Berlin en droit de la propriété intellectuelle au sein du cabinet MARS IP. Depuis 2022, je me suis établi à Sydney, en Australie, où j’ai entrepris ma requalification en tant que solicitor australien tout en poursuivant mon activité en propriété intellectuelle.
Q. Pourquoi avoir choisi de vous installer en Australie ?
N’ayant jamais exercé ni résidé dans une juridiction de common law, l’opportunité de m’installer en Australie m’est apparue comme un défi professionnel particulièrement stimulant. Je savais que cette transition serait exigeante à bien des égards, tant sur le plan juridique que personnel, mais cela faisait partie de l’expérience et n’a fait que renforcer mon intérêt pour ce projet. Le cadre de vie n’était pas un critère essentiel dans ma décision, mais il s’est avéré être un aspect positif de cette transition.
Q. Quels ont été les plus grands défis auxquels vous avez été confronté au moment de vous installer dans votre pays d’adoption ?
L'un des principaux défis pour un avocat formé en France est l'absence de reconnaissance du diplôme d'avocat français en Australie. Quelle que soit l'expérience acquise, une requalification complète est indispensable pour exercer en droit australien. Il est possible d’exercer en tant qu’avocat étranger si l’on se limite au droit français.
Après l’obtention d’un visa en 2021, ce qui est également un défi, j’ai rejoint Sydney en 2022 et entrepris une transition de trois ans, au terme de laquelle j’ai achevé ma requalification en tant que solicitor en Australie, tout en consolidant mon expertise en droit de la propriété intellectuelle, droit des marques et droit d’auteur.
Q. Et quelles ont été les plus belles opportunités ?
L’Australie offre un environnement accueillant et international. Sydney, en particulier, permet de créer rapidement des connexions professionnelles et personnelles enrichissantes.
D’un point de vue économique, le pays est influencé par les grandes places financières mondiales, tout en restant un marché dynamique et porteur d’opportunités.
Pour les amateurs d’activités en plein air, l’Australie est un territoire d’exception, offrant un cadre de vie unique et un style de vie attrayant.
Q. Dans quelle mesure votre expérience d’Avocat vous est-elle utile au quotidien dans votre pratique ?
Mon parcours d’avocat français au sein de plusieurs juridictions européennes m’a appris à évoluer entre différentes langues et systèmes juridiques et développer une grande capacité d’adaptation aux spécificités locales et internationales, ce qui est essentiel dans ma pratique aujourd’hui.
La double compétence en droit civil et en common law me permet d’accompagner efficacement les clients dans leur développement à l’international ou leur implantation en Australie.
Enfin, un avocat français répond aussi aux besoins de milliers de ressortissants établis en Australie. Ce rôle participe au rayonnement du droit français, comme en témoigne l’engagement de l’Association pour la Promotion de l'Exercice des Avocats à l'Étranger (APPEAL-E), qui fédère les avocats exerçant hors de France pour promouvoir l’influence internationale des Barreaux français et défendre les valeurs du droit français.
Q. Quels conseils donneriez-vous à celles et ceux qui envisagent de venir vous rejoindre en Australie ?
J’ai toujours plaisir à accueillir de nouveaux confrères et consœurs intéressés par l’Australie, et ils sont bien plus nombreux qu’on ne l’imagine.
La première étape essentielle est la question du visa, afin d’assurer la pérennité de sa présence en Australie. De nombreuses options existent, mais pour les ressortissants français, l’accès à la résidence permanente est souvent un processus long et complexe.
Quant à la requalification en tant que solicitor en Australie, les juristes formés en France obtiennent généralement de bons résultats aux examens requis. Toutefois, il est important de garder à l’esprit que cette démarche implique une période de transition relativement longue et de nombreuses formalités administratives. C’est pourquoi je conseille souvent aux personnes intéressées de prendre le temps d’évaluer attentivement les aspects professionnels et personnels avant de se lancer dans ce projet.
Q. Pourquoi restez-vous attaché au Barreau de Paris ?
Le maintien de mon inscription au Barreau de Paris relève à la fois d’une stratégie professionnelle et d’un choix symbolique.
Être membre de ce Barreau représente pour moi un atout différenciant vis-à-vis de mes confrères australiens, tout en me permettant de renforcer mon positionnement à l’international et de conserver une clientèle aux horizons variés. Par ailleurs, je suis convaincu qu’il est essentiel que la profession d’avocat soit représentée à l’échelle internationale. Je suis heureux de contribuer au rayonnement des Barreaux de France à travers le monde et de promouvoir les valeurs du droit français.
Toutefois, maintenir une double inscription, en France et dans un Barreau étranger, entraîne des coûts significatifs (double assurance, double cotisation) et complexifie de nombreuses démarches administratives, notamment en matière de formation et de déclarations fiscales et comptables. Dans ce contexte, l’APPEAL-E joue un rôle essentiel en facilitant la pratique des avocats exerçant à l’étranger, en renforçant leurs liens avec les institutions de la profession et en soutenant ceux qui en ont besoin.