Vanessa Carnino : entre Paris et Turin, le droit sans frontières

De Turin à Paris, et de Paris à Turin, Vanessa Carnino, avocate aux barreaux de Paris et de Turin et déléguée de l'APPEAL-E (Association Pour La Promotion de l'Exercice des Avocats à l'Etranger) en Italie, a fait de sa double culture une force. Née à la croisière de deux systèmes juridiques, elle nous raconte comment et pourquoi exercer entre deux pays est bien plus qu'un choix de carrière : c'est une façon d'être avocate.

Q. Pouvez-vous nous présenter rapidement votre parcours ?

Etant de double nationalité, française et italienne, j’ai grandi au croisement de ces deux cultures. Je n’aurais pourtant jamais imaginé à quel point cette double appartenance marquerait mon parcours professionnel. Le découvrir a été une véritable révélation.

J’ai commencé mes études de droit à Milan, avant de bénéficier d’une bourse pour me rendre à l’université Paris II Panthéon-Assas afin de rédiger mon mémoire en droit comparé.

J’ai ensuite prêté serment au Barreau de Turin puis, quelques année plus tard, au Barreau de Paris.

Mon engagement international a pris une dimension concrète dès le début de ma carrière, lorsque j’ai été recrutée pour intervenir dans le procès du tunnel du Mont-Blanc, à la suite de la tragédie de 1999. Trois mois d’audiences en France, une procédure parallèle en Italie, des parties italiennes (et pas que) devant les juridictions françaises, et des parties françaises devant les juridictions italiennes : autant d’éléments qui ont fait naître mon intérêt et ma passion pour un exercice biculturel qui, depuis, n’ont jamais cessé de croître.

Q. Quel a été votre chemin vers un double Barreau ?

Mon installation s’est faite de façon naturelle, au fil des dossiers qui se sont présentés.

Travailler dans les deux pays, tout en restant basée de façon principale en Italie, s’est rapidement imposé comme une évidence. Cela m’a permis d’allier mon amour pour le droit, avec le dynamisme et l’enrichissement qu’apportent les croisements de cultures, juridiques, bien sûr, mais pas seulement, à la fois proches et profondément différentes.

Q. Quels ont été les plus grands défis lors de votre installation ?

Mon parcours diffère de celui habituellement suivi par celles et ceux qui s’installent en quittant physiquement la France. Néanmoins, je me suis rapidement retrouvée confrontée aux mêmes sujets : où cotiser, notamment en matière de prévoyance, la question des doubles cotisations aux Barreaux, l’obtention d’instruments informatiques tels que la clé RPVA ou encore la coordination entre les deux systèmes.

Il y a dix ans, il n’existait pas de réseau, ce qui amenait à se sentir un cas isolé. Il fallait essayer d’échanger et de se confronter avec les deux ou trois personnes qu’on savait comme ayant un parcours similaire et, surtout, mener de longues recherches pour obtenir des réponses pas toujours définitives.

A travers les actions menées par l’Appeal-e un certain nombre de questions commencent à être encadrés. Pour celles qui ne le sont pas encore, l’énergie et le dynamisme des membres de l’Association, ainsi que la possibilité d’appartenir à un réseau avec des sujets communs concernant l’exercice professionnel, constituent un énorme support et apportent un véritable réconfort.

Q. Et quelles ont été les plus belles opportunités ?

Les plus belles opportunités on les retrouve sous deux angles.

D’une part, la qualité des dossiers, notamment d’un point de vue de l’apprentissage personnel : accompagner un client vers un système juridique différent implique de bien connaitre celui dont il est issu, tout comme celui dans lequel il a un intérêt, tout en faisant émerger de nouvelles subtilités.

Être entre différents systèmes juridiques facilite également l’adoption plus fréquente de solutions nouvelles, ce qui contribue à rendre encore plus stimulant le quotidien.

D’autre part, il y a le monde des rapports entre confrères, au-delà des frontières, qui s’ajoute à celui ancré au niveau local.

Q. Dans quelle mesure votre expérience d’avocate française vous est-elle utile au quotidien ?

L’accompagnement bi-juridique et biculturel constitue une véritable valeur ajoutée pour le client qui ne saurait être remplacée.

Cette double compétence permet non seulement de mieux comprendre les enjeux juridiques dans leur globalité, mais aussi d’anticiper les réflexes et les spécificités propres à chaque système, au bénéfice direct du client.

Q. Quels conseils donneriez-vous à celles et ceux qui souhaitent exercer en Italie ?

Pourquoi attendre : lancez-vous tout simplement !

Aujourd’hui, de nombreuses sources d’information sont disponibles et des thèmes ont été approfondis. L’Appeal-e, avec ses délégués nationaux, peut également vous supporter et accompagner dans les démarches.

De plus, vous auriez l’opportunité d’intégrer un réseau capable d’offrir des liens authentiques entre ses membres, tout en permettant de maintenir un rattachement fort avec la France.

Q. Pourquoi restez-vous attachée au barreau de Paris ?

Bien que je sois principalement basée en Italie, mon cœur balance toujours entre les deux Pays. Aujourd’hui encore, même si mon exercice s’est principalement ancré en Italie, je ne saurais me détacher de ce que m’apporte mon appartenance aux deux Barreaux, chacun à sa manière.

Je me sens désormais membre à part entière de deux Barreaux et le fait de savoir que, si jamais je voulais, je pourrais toujours inverser le lieu d’exercice principal me donne un grand sentiment de liberté.

Il y a également une partie de fierté à contribuer au rayonnement d’un Barreau français à l’étranger tout en participant, en même, temps, à augmenter la visibilité du Barreau italien où j’exerce à titre principal au-delà des frontières.

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